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Arnaque au faux héritage par email : comment la reconnaître

Comment identifier les emails frauduleux annonçant un héritage ou un legs d'un inconnu. Techniques des escrocs et conseils pour se protéger de cette arnaque classique.

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Attention, possible arnaque

Les emails annonçant un héritage inattendu d'un inconnu sont toujours des arnaques. Aucun notaire ne contacte des héritiers par email pour leur annoncer un legs de millions d'euros. L'objectif est de vous faire payer des 'frais' fictifs.

Vous avez reçu un email vous annonçant que vous êtes l'héritier d'une fortune colossale ? Un soi-disant notaire, avocat ou banquier vous contacte pour vous informer qu'un riche inconnu décédé vous a désigné comme bénéficiaire de plusieurs millions d'euros ? C'est une arnaque. L'arnaque au faux héritage, aussi connue sous le nom de scam 419 ou arnaque nigériane, est l'une des escroqueries les plus anciennes d'Internet. Malgré sa notoriété, elle continue de faire des milliers de victimes chaque année en France, avec des pertes financières considérables.

Histoire et origines de l'arnaque au faux héritage

L'arnaque au faux héritage n'est pas née avec Internet. Ses racines remontent au XVIIIe siècle avec les "lettres de Jérusalem", où des escrocs envoyaient des courriers prétendant qu'un trésor était caché quelque part et qu'ils avaient besoin d'aide financière pour le récupérer. Le principe n'a fondamentalement pas changé en 300 ans.

Le scam 419 et le "prince nigérian"

Dans les années 1980-1990, cette arnaque a pris une ampleur mondiale grâce au fax, puis à l'email. Le terme "scam 419" fait référence à l'article 419 du Code pénal nigérian, qui punit la fraude par avance de frais. Le Nigéria est devenu le pays le plus associé à cette arnaque, bien que les réseaux criminels opèrent aujourd'hui depuis de nombreux pays : Côte d'Ivoire, Bénin, Ghana, Cameroun, mais aussi des pays européens.

Le scénario classique du "prince nigérian" est devenu un mème culturel : un membre de la famille royale ou un haut fonctionnaire africain vous propose de partager une fortune bloquée dans une banque, en échange de votre aide pour transférer les fonds. Mais derrière l'humour apparent, la réalité est brutale : cette arnaque génère des milliards de dollars de pertes à l'échelle mondiale chaque année.

L'évolution vers des scénarios plus crédibles

Les escrocs ont compris que le scénario du prince nigérian éveillait désormais la méfiance. Ils ont donc adapté leurs techniques pour cibler spécifiquement le public francophone avec des scénarios bien plus réalistes :

| Époque | Scénario typique | Crédibilité | |--------|-----------------|-------------| | 1990-2005 | Prince nigérian, fonctionnaire africain | Faible | | 2005-2015 | Avocat international, banquier suisse | Moyenne | | 2015-2025 | Notaire français, généalogiste, succession européenne | Élevée | | 2025+ | Emails générés par IA, documents falsifiés sophistiqués | Très élevée |

Des emails de plus en plus crédibles grâce à l'IA

Avec l'essor de l'intelligence artificielle, les arnaqueurs produisent désormais des emails en français parfait, sans aucune faute d'orthographe, avec un vocabulaire juridique précis. Les anciens indices (fautes grossières, français approximatif) ne suffisent plus à détecter l'arnaque. Consultez notre article sur le phishing généré par IA pour comprendre cette menace.

Les variantes modernes de l'arnaque à l'héritage

L'arnaque au faux héritage se décline aujourd'hui en de nombreuses variantes, toutes construites sur le même mécanisme : vous faire croire à un gain miraculeux pour vous soutirer de l'argent. Voici les scénarios les plus fréquents en France.

Le faux notaire français

C'est la variante la plus répandue en France. Un soi-disant notaire (souvent un nom crédible comme "Maître Dupont" ou "Maître Lefèvre") vous contacte par email pour vous informer qu'un de ses clients décédé, sans héritier direct, vous a désigné comme légataire universel. Le notaire présente un numéro CRPCEN (Caisse de Retraite et de Prévoyance des Clercs et Employés de Notaires), une adresse d'étude en France et un ton professionnel irréprochable.

Le faux avocat international

Un avocat prétendument basé à Londres, Genève ou Luxembourg vous informe qu'un ressortissant français décédé à l'étranger vous a laissé un héritage conséquent. L'utilisation d'une juridiction étrangère rend la vérification plus difficile pour la victime et justifie des frais plus élevés.

Le faux banquier

Un cadre de banque (souvent une banque réelle : HSBC, Barclays, UBS) prétend détenir un compte dormant au nom d'un défunt qui partage votre nom de famille. Il vous propose de vous faire passer pour l'héritier légitime et de partager les fonds. Ce scénario ajoute une dimension de complicité qui rend la victime moins encline à porter plainte.

Le faux généalogiste successoral

Un soi-disant cabinet de généalogie vous contacte pour vous informer qu'il a retrouvé votre trace dans le cadre d'une succession ouverte. Cette variante est particulièrement crédible car les vrais généalogistes successoraux existent et contactent effectivement des héritiers potentiels. La différence : un vrai généalogiste ne demande jamais d'avance de frais.

Ces scénarios sont TOUS frauduleux

Quelle que soit la variante, le schéma est toujours le même : on vous promet une somme colossale, puis on vous demande de payer des "frais" pour la débloquer. Un véritable notaire ou avocat déduit ses honoraires de la succession. Il ne demande jamais d'argent personnel à l'héritier avant le règlement de la succession.

Comment fonctionne l'arnaque étape par étape

L'arnaque au faux héritage suit un scénario méthodique, conçu pour installer progressivement la confiance puis augmenter les demandes d'argent. Comprendre chaque étape permet de repérer l'arnaque avant qu'il ne soit trop tard.

Étape 1 : Le premier contact

Vous recevez un email inattendu, généralement rédigé dans un français correct, émanant d'un prétendu notaire, avocat ou banquier. Le message annonce :

  • Le décès d'une personne fortunée (souvent un homonyme ou un "parent éloigné")
  • Un héritage ou un legs à votre nom d'un montant considérable (entre 2 et 15 millions d'euros)
  • La nécessité de vous contacter rapidement pour "régulariser la succession"
  • Une demande de répondre avec vos coordonnées personnelles

Étape 2 : L'établissement de la confiance

Si vous répondez, l'escroc engage un échange d'emails qui peut durer plusieurs semaines. Il fournit :

  • De faux documents officiels (certificat de décès, testament, acte notarié)
  • Des copies de pièces d'identité falsifiées du défunt
  • Des coordonnées d'étude notariale vérifiables (souvent une vraie étude dont l'identité est usurpée)
  • Des références juridiques précises (articles du Code civil, numéros de dossier)

L'objectif est de rendre le scénario aussi crédible que possible et de créer un lien de confiance avec la victime.

Étape 3 : Les premiers frais

Une fois la confiance installée, l'escroc annonce que pour débloquer les fonds, il faut payer des "frais" :

| Type de frais fictifs | Montant demandé | Justification avancée | |----------------------|-----------------|----------------------| | Frais de dossier | 500 - 2 000 € | "Ouverture de la procédure successorale" | | Droits de succession | 2 000 - 10 000 € | "Paiement anticipé obligatoire au fisc" | | Frais de transfert international | 1 000 - 5 000 € | "Commission bancaire pour le virement" | | Honoraires du notaire | 3 000 - 8 000 € | "Provision sur honoraires, déduite ensuite" | | Certificat d'héritier | 500 - 1 500 € | "Document obligatoire auprès du tribunal" | | Frais d'authentification | 1 000 - 3 000 € | "Légalisation des documents à l'ambassade" |

Étape 4 : L'escalade des demandes

Chaque paiement est suivi d'un nouveau "problème" nécessitant un paiement supplémentaire. L'escroc invente des complications :

  • "Le fisc exige un complément de droits"
  • "Le juge demande une caution pour libérer les fonds"
  • "La banque impose des frais de conformité anti-blanchiment"
  • "Un autre héritier conteste la succession, il faut payer un avocat"

C'est le principe de l'escalade d'engagement : ayant déjà payé, la victime continue de payer dans l'espoir de récupérer ses versements précédents et de toucher l'héritage promis.

Étape 5 : La disparition

Lorsque la victime refuse de payer davantage ou commence à exprimer des doutes, l'escroc disparaît brutalement : les emails ne sont plus jamais répondus, les numéros de téléphone ne fonctionnent plus, et l'argent versé est définitivement perdu.

L'arnaque à l'héritage en chiffres

2,3 Mds $
Pertes mondiales annuelles (scam 419)
12 500€
Perte moyenne par victime en France
73%
Victimes de plus de 50 ans
6 mois
Durée moyenne de manipulation

Les signaux d'alerte : comment reconnaître l'arnaque

Malgré la sophistication croissante des escrocs, l'arnaque au faux héritage comporte des signaux d'alerte caractéristiques. Voici les indices qui doivent immédiatement éveiller vos soupçons.

Les indices dans l'email initial

  • Vous ne connaissez pas le défunt : un véritable héritage concerne un membre de votre famille ou une personne de votre entourage, pas un parfait inconnu.
  • Le montant est démesuré : des millions d'euros légués à un inconnu, cela n'arrive tout simplement pas dans la réalité.
  • Le contact se fait par email : un notaire français contacte les héritiers par courrier recommandé, jamais par email non sollicité.
  • L'adresse email est suspecte : les vrais notaires utilisent des adresses en @notaires.fr ou le domaine de leur étude, pas des adresses Gmail, Yahoo ou Outlook.
  • Le ton est pressant : "Veuillez répondre dans les 48 heures", "Cette offre est confidentielle et urgente".

Les indices dans les échanges suivants

  • Demande d'argent avant tout versement : un vrai notaire ou avocat ne demande jamais d'avance personnelle à l'héritier.
  • Paiement par des moyens inhabituels : Western Union, MoneyGram, cartes prépayées, cryptomonnaie, virement vers un compte étranger.
  • Impossibilité de se rencontrer : l'escroc trouve toujours une excuse pour ne pas vous recevoir en personne.
  • Documents d'apparence officielle mais invérifiables : tampons, signatures, numéros de dossier qui ne correspondent à rien de réel.
  • Demande de confidentialité absolue : "Ne parlez de cette succession à personne" -- pour vous empêcher de demander conseil.

Le test infaillible

Si on vous promet de l'argent mais qu'on vous demande d'en envoyer d'abord, c'est une arnaque. Cette règle simple s'applique à 100 % des cas, sans exception. Dans une vraie succession, les frais sont prélevés sur le montant de l'héritage, jamais payés d'avance par l'héritier.

Comparaison : vraie succession vs arnaque

| Critère | Vraie succession | Arnaque à l'héritage | |---------|-----------------|---------------------| | Premier contact | Courrier recommandé du notaire | Email non sollicité | | Recherche d'héritier | Généalogiste professionnel mandaté | Aucune (envoi massif d'emails) | | Lien avec le défunt | Lien familial documenté | Aucun lien ou lien inventé | | Frais | Prélevés sur la succession | Demandés d'avance à la victime | | Mode de paiement des frais | Débit du compte de la succession | Western Union, virement étranger | | Montants annoncés | Variables, souvent modestes | Toujours des millions d'euros | | Urgence | Procédure juridique normale (mois) | "Urgence" artificielle (jours) | | Vérification | Étude notariale vérifiable | Coordonnées fausses ou usurpées |

Exemples réels d'emails d'arnaque à l'héritage

Voici des exemples représentatifs des emails que reçoivent les victimes. Ces textes sont des reconstitutions basées sur des cas réels signalés aux autorités.

Exemple 1 : Le faux notaire français

EXEMPLE D'ARNAQUE - Faux notaire

De : maitre.lefebvre@notaire-succession-paris.com

Objet : Succession - Notification de legs en votre faveur - Dossier N°2026/SUC/1847

Madame, Monsieur,

Je suis Maître Jean-Pierre Lefebvre, notaire à Paris (CRPCEN n° 7500123). Je me permets de vous contacter dans le cadre de la succession de Monsieur Henri Duval, décédé le 14 janvier 2026 à Paris, sans héritier direct connu.

Par testament olographe en date du 3 mai 2024, M. Duval vous a désigné comme légataire universel de ses biens, évalués à 4 700 000 euros (quatre millions sept cent mille euros).

Je vous prie de bien vouloir me communiquer vos coordonnées complètes afin de procéder à l'ouverture de la procédure successorale.

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer mes salutations distinguées.

Maître J.-P. Lefebvre, Notaire

Exemple 2 : Le faux banquier suisse

EXEMPLE D'ARNAQUE - Faux banquier

De : r.hartmann@ubs-privatebanking-zurich.ch

Objet : Compte dormant - Proposition confidentielle

Cher(e) Monsieur/Madame,

Je suis Richard Hartmann, directeur du département Succession et Comptes Dormants chez UBS Private Banking, Zurich. Un de nos clients français, décédé en 2023, a laissé un compte d'investissement d'une valeur de 8,3 millions EUR sans héritier déclaré.

Après vérification, votre nom de famille correspond à celui du défunt. Je vous propose de vous désigner comme parent proche et bénéficiaire légitime. Les fonds seront partagés : 60 % pour vous, 40 % pour moi.

Cette opération est strictement confidentielle et sans risque. Merci de me répondre pour que je vous communique les détails.

Cordialement, Richard Hartmann

Les techniques de manipulation psychologique

L'arnaque au faux héritage ne repose pas uniquement sur un scénario crédible. Elle exploite des mécanismes psychologiques profonds qui expliquent pourquoi des personnes intelligentes et éduquées tombent dans le piège.

L'appât du gain et le rêve

La promesse de millions d'euros active les circuits de la récompense dans le cerveau. La victime commence à imaginer ce qu'elle pourrait faire avec cet argent : rembourser ses dettes, acheter une maison, aider ses proches. Ce rêve, une fois installé, est très difficile à abandonner, même face à des signaux d'alerte évidents.

Le biais des coûts irrécupérables

C'est le mécanisme le plus puissant. Une fois que la victime a payé 2 000 euros de "frais de dossier", elle est psychologiquement incapable d'accepter que cet argent est perdu. Elle préfère payer 3 000 euros de plus en espérant récupérer le tout, plutôt que d'admettre la perte initiale. Les escrocs le savent et augmentent progressivement les montants.

L'isolement de la victime

L'escroc insiste sur la confidentialité de la procédure. "Ne parlez de cette succession à personne, c'est une obligation légale." En réalité, l'objectif est d'empêcher la victime de consulter un proche, un vrai notaire ou un avocat qui identifierait immédiatement l'arnaque.

L'urgence artificielle

"Si vous ne réglez pas les frais sous 72 heures, la succession sera attribuée à un autre bénéficiaire." Cette pression temporelle empêche la victime de prendre du recul, de réfléchir calmement ou de vérifier les informations.

L'autorité perçue

L'utilisation de titres professionnels (Maître, Docteur, Directeur), de jargon juridique, de numéros de dossier et de faux documents officiels crée un sentiment d'autorité qui inhibe l'esprit critique. On hésite à remettre en question quelqu'un qui semble être un professionnel du droit.

Les victimes ne sont pas naïves

Contrairement aux idées reçues, les victimes de l'arnaque à l'héritage ne sont pas des personnes crédules. Elles sont souvent isolées, traversent une période financière difficile, ou manquent simplement d'information sur ce type d'escroquerie. Le jugement moral envers les victimes est contre-productif et empêche de nombreuses personnes de porter plainte.

Le profil des victimes et l'impact réel

L'arnaque au faux héritage touche un profil démographique spécifique et engendre des conséquences qui vont bien au-delà de la perte financière.

Profil des victimes en France

58 ans
Âge moyen des victimes
62%
Femmes parmi les victimes
5 000€
Montant médian des pertes
8 paiements
Nombre moyen de versements

Qui sont les victimes ?

  • Les personnes de plus de 50 ans sont surreprésentées : elles sont souvent plus à l'aise financièrement, moins familières avec les arnaques en ligne, et parfois plus isolées socialement.
  • Les personnes en difficulté financière : la promesse d'un héritage miraculeux est d'autant plus tentante quand on a des dettes ou des fins de mois difficiles.
  • Les personnes récemment endeuillées : la mention d'un décès et d'une succession peut résonner émotionnellement avec une perte récente.
  • Les personnes isolées : moins de proches pour donner un avis extérieur et dire "c'est une arnaque".

Les conséquences au-delà de l'argent

La perte financière n'est que la partie visible de l'iceberg :

  • Honte et culpabilité : les victimes se sentent humiliées d'être "tombées dans le panneau"
  • Dépression et anxiété : perte de confiance en soi, troubles du sommeil, isolement accru
  • Endettement : certaines victimes ont contracté des prêts pour payer les "frais"
  • Ruptures familiales : les proches ne comprennent pas toujours comment un membre de la famille a pu se faire piéger
  • Revictimisation : les données personnelles transmises aux escrocs sont revendues, et les victimes sont ciblées par d'autres arnaques

Que faire si vous êtes victime ?

Si vous avez envoyé de l'argent ou communiqué des informations personnelles à un escroc se faisant passer pour un notaire ou un avocat dans le cadre d'un faux héritage, voici les étapes à suivre immédiatement.

Actions urgentes (dans les 24 premières heures)

  1. Cessez tout contact avec les escrocs. Ne répondez plus aux emails, ne décrochez plus le téléphone. Bloquez les numéros et adresses email.
  2. Contactez votre banque immédiatement pour signaler les virements frauduleux et demander un rappel de fonds si possible.
  3. Changez tous vos mots de passe si vous avez communiqué des identifiants ou cliqué sur des liens suspects. Cela concerne aussi vos emails, comme dans les cas de phishing bancaire.
  4. Conservez toutes les preuves : emails, documents reçus, preuves de paiement, échanges téléphoniques.

Démarches administratives et judiciaires

  1. Déposez plainte au commissariat ou en gendarmerie. Munissez-vous de tous les éléments que vous avez conservés.
  2. Signalez l'arnaque sur les plateformes officielles :
  3. Contactez Info Escroqueries au 0 805 805 817 (appel gratuit) pour obtenir des conseils personnalisés.

Pour un guide complet de toutes les démarches, consultez notre page Que faire si vous êtes victime d'une arnaque et notre guide pour signaler une arnaque.

Attention aux arnaques à la récupération

Si quelqu'un vous contacte en prétendant pouvoir récupérer l'argent que vous avez perdu moyennant des frais, c'est une deuxième arnaque. Les escrocs revendent les listes de victimes à d'autres réseaux criminels qui les recontactent en se faisant passer pour des avocats, des policiers ou des organisations de récupération de fonds. Ne payez jamais pour "récupérer" de l'argent perdu.

Tableau récapitulatif des démarches

| Action | Interlocuteur | Contact | Délai | |--------|--------------|---------|-------| | Bloquer les virements | Votre banque | Numéro au dos de votre carte | Immédiat | | Déposer plainte | Police / Gendarmerie | Commissariat ou pre-plainte-en-ligne.gouv.fr | Sous 48h | | Signaler l'email | Signal Spam | signal-spam.fr | Dès réception | | Signaler en ligne | Pharos | internet-signalement.gouv.fr | Sous 48h | | Obtenir de l'aide | Cybermalveillance | cybermalveillance.gouv.fr | À tout moment | | Conseil téléphonique | Info Escroqueries | 0 805 805 817 (gratuit) | Lundi-vendredi |

Comment se protéger efficacement

La meilleure protection contre l'arnaque au faux héritage repose sur la connaissance du mécanisme et sur quelques réflexes simples à adopter au quotidien.

Les règles d'or

  1. Ne répondez jamais à un email non sollicité vous annonçant un héritage, un gain ou une somme d'argent à récupérer.
  2. N'envoyez jamais d'argent à quelqu'un que vous n'avez jamais rencontré en personne, quel que soit le motif invoqué.
  3. Ne communiquez jamais vos données personnelles (pièce d'identité, relevé d'identité bancaire, justificatif de domicile) en réponse à un email non sollicité.
  4. Vérifiez systématiquement l'identité de votre interlocuteur auprès d'un organisme officiel (annuaire des notaires, barreau des avocats).
  5. Parlez-en autour de vous : consultez un proche, un ami ou un professionnel avant toute décision impliquant de l'argent.

Comment vérifier un notaire ou un avocat

Si un prétendu notaire ou avocat vous contacte, voici comment vérifier son existence :

  • Notaires : consultez l'annuaire officiel sur notaires.fr et vérifiez que le nom, l'adresse et le numéro CRPCEN correspondent.
  • Avocats : consultez l'annuaire du barreau concerné sur cnb.avocat.fr et vérifiez l'inscription au tableau de l'ordre.
  • Contactez directement l'étude ou le cabinet via le numéro de téléphone figurant sur le site officiel (pas celui indiqué dans l'email).

L'annuaire des notaires, votre meilleur allié

Le site notaires.fr est l'annuaire officiel de la profession notariale en France. Si un "notaire" vous contacte, vérifiez en 30 secondes sur ce site que son nom et son étude existent réellement. Si le notaire existe mais que l'email ne vient pas de son adresse officielle, appelez l'étude directement pour vérifier.

Protéger les personnes vulnérables de votre entourage

L'arnaque au faux héritage cible particulièrement les personnes âgées et isolées. Voici comment les protéger :

  • Informez vos proches : parlez de cette arnaque en famille, surtout avec les membres plus âgés. Montrez-leur cet article.
  • Installez un filtre anti-spam sur la boîte email de vos parents ou grands-parents.
  • Proposez-vous comme "conseiller" : demandez à vos proches de vous consulter avant de répondre à tout email les informant d'un gain ou d'un héritage.
  • Signalez les emails suspects que vos proches reçoivent, même s'ils ne sont pas tombés dans le piège.

Ce que dit la loi française

L'arnaque au faux héritage constitue une escroquerie au sens de l'article 313-1 du Code pénal : "Le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manoeuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds [...]". Les peines encourues sont de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende. En bande organisée, les peines sont portées à 10 ans et 1 million d'euros.

Les obstacles à la poursuite des escrocs

Malgré la sévérité de la loi, les poursuites sont rares et les condamnations encore plus. Les raisons sont multiples :

  • Les escrocs opèrent depuis l'étranger : la coopération judiciaire internationale est lente et complexe.
  • Les victimes ne portent pas toujours plainte : par honte, par méconnaissance des démarches, ou par fatalisme.
  • Les montants individuels sont jugés "faibles" par rapport aux moyens d'investigation nécessaires.
  • Les réseaux sont organisés et changeants : les numéros de téléphone, adresses email et comptes bancaires sont utilisés brièvement puis abandonnés.

Les initiatives de lutte

Malgré ces difficultés, les autorités françaises et internationales luttent activement contre cette fraude :

  • Opération "Rewired" (Interpol) : démantèlement de réseaux de scam 419, avec plus de 280 arrestations dans le monde
  • PHAROS : la plateforme française centralise les signalements et permet des enquêtes coordonnées
  • Coopération avec les pays d'Afrique de l'Ouest : accords bilatéraux pour faciliter les poursuites transfrontalières
  • Campagnes de sensibilisation : Cybermalveillance.gouv.fr publie régulièrement des alertes et des guides de prévention

Signaler, c'est protéger les autres

Même si vos chances de récupérer l'argent perdu sont faibles, chaque plainte et chaque signalement contribue à la lutte contre ces réseaux criminels. Vos informations permettent aux enquêteurs de cartographier les réseaux, d'identifier les comptes bancaires utilisés et, parfois, de procéder à des arrestations. Consultez notre guide pour signaler une arnaque.

En résumé : les 5 règles pour ne jamais se faire piéger

L'arnaque au faux héritage perdure parce qu'elle exploite un rêve universel : celui de recevoir une fortune inattendue. Mais la réalité est implacable : personne ne donne des millions d'euros à un inconnu. Voici les cinq règles à ne jamais oublier :

  1. Un héritage inattendu annoncé par email est toujours une arnaque. Toujours. Sans aucune exception.
  2. On ne paie jamais pour recevoir un héritage. Les frais de succession sont prélevés sur la succession elle-même.
  3. Un vrai notaire ne contacte pas par email. Il envoie un courrier recommandé ou mandate un généalogiste.
  4. La confidentialité imposée est un signal d'alarme. Si on vous interdit d'en parler à quiconque, c'est pour vous empêcher de découvrir la vérité.
  5. En cas de doute, vérifiez et parlez-en. Appelez l'étude notariale via l'annuaire officiel, consultez un proche, contactez Info Escroqueries.

Si vous avez reçu ce type d'email, ne répondez pas, signalez-le sur Signal Spam et supprimez-le. Si vous ou un proche avez déjà envoyé de l'argent, consultez immédiatement notre guide pour les victimes d'arnaque et portez plainte sans attendre.

Questions fréquentes

Non. En France, les notaires recherchent les héritiers via des généalogistes professionnels et les contactent par courrier officiel, jamais par email.

Équipe iarnaque.frVérifié

Rédaction

L'équipe éditoriale de iarnaque.fr recherche, vérifie et documente les arnaques circulant en France pour protéger les consommateurs.

Expertise
Détection d'arnaquesCybersécurité grand publicProtection des consommateursPhishing et fraudes en ligne
Publié le 19 mars 2026

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